Histoire naturaliste en Corse

Des premières explorations aux grands inventaires

La connaissance de la flore et de la fonge de Corse s'est construite progressivement grâce aux explorations de botanistes, mycologues et naturalistes, dont les observations ont révélé, au fil des siècles, la richesse et l'originalité du patrimoine naturel insulaire.

Si les premières mentions botaniques remontent au XVIe siècle, c'est surtout au XIXe siècle que les recherches se développent. En 1824, Domenico Viviani publie le Florae Corsicae Specierum Plantarum, l'un des premiers ouvrages de référence sur la flore de l'île. Parallèlement, les premières observations mycologiques se multiplient, notamment grâce aux travaux de Massimiliano Romagnoli, qui réalise un remarquable ensemble de planches illustrées de champignons corses.

Au tournant du XXe siècle, les connaissances progressent considérablement. John Briquet entreprend la publication du Prodrome de la flore corse, poursuivie par René de Litardière, tandis que René Maire, Paul Dumée et Louis Lutz publient en 1903 le premier grand inventaire mycologique de l'île, recensant 746 espèces, dont des lichens et des myxomycètes.

L'essor des connaissances au XXe siècle

Au cours du XXe siècle, les recherches naturalistes se structurent autour des sociétés savantes, des excursions scientifiques et des collaborations entre spécialistes insulaires et continentaux.

Les travaux de Juliette Contandriopoulos sur l'endémisme, puis ceux de nombreux botanistes, notamment Marcelle Conrad, Jacques Gamisans et Daniel Jeanmonod, contribuent à approfondir la connaissance de la flore de Corse.
La mycologie connaît également un nouvel essor à partir du congrès de la Société mycologique de France organisé en Corse en 1972, à l'initiative de Marcelle Conrad. Cet événement favorise la création de sociétés mycologiques insulaires et le développement de nouvelles recherches sur les champignons.

Parallèlement, les études consacrées aux lichens enrichissent progressivement les inventaires du patrimoine naturel de l'île.

De l'inventaire à la conservation

À partir des années 1980, le Comité scientifique pour l'étude de la flore corse rassemble de nombreux botanistes et contribue à l'actualisation des connaissances, notamment à travers les Compléments au Prodrome de la flore corse.

Les connaissances naturalistes s'inscrivent progressivement dans une démarche de conservation, accompagnée par le développement des premières mesures réglementaires de protection de la flore, notamment l'adoption d'une liste régionale d'espèces végétales protégées en 1986.

Les progrès de la taxonomie, de l'écologie et, plus récemment, des analyses génétiques permettent de mieux comprendre la diversité, la répartition et l'évolution des espèces.

Cette dynamique se poursuit avec la publication de nouvelles références scientifiques, notamment Flora Corsica, et le développement des inventaires mycologiques et lichénologiques.

Le CBN de Corse, dans la continuité de cette histoire

Créé en 2002 au sein de l'Office de l'Environnement de la Corse et agréé Conservatoire botanique national depuis 2008, le CBN de Corse s'inscrit dans cette longue tradition d'exploration et de connaissance du patrimoine naturel insulaire.

En 2005, la création de l'Observatoire mycologique de Corse (OMYCO), en partenariat avec les sociétés mycologiques insulaires, renforce la coopération scientifique autour des champignons et des lichens.

Aujourd'hui, le CBN de Corse poursuit cet héritage à travers ses missions de connaissance, de conservation et de transmission des savoirs, en mobilisant les compétences scientifiques et naturalistes au service de la biodiversité en Corse.